Gert Hendrickx (Mazda) : « Mazda rend au moteur à essence toutes ses lettres de noblesse »

Gert Hendrickx est un homme heureux. En janvier, Mazda a enregistré une belle croissance, grâce notamment au CX-5, un de ses fers de lance. Cette année, le constructeur japonais espère aussi beaucoup de la Mazda 6 dans le segment fleet. Sans oublier SkyActiv-X, une technologie révolutionnaire avec laquelle l’essence redevient une alternative valable au diesel.

Comment Mazda a-t-elle vécu le dernier Salon de l’Auto ?

Ce fut un réel succès ! Avec 2.320 ventes en janvier, nous avons dépassé notre objectif de 137%. Le CX-5 représente environ un tiers de ces ventes. Et si on y ajoute les chiffres du CX-3, on constate que 60% de nos ventes se font dans le segment SUV. Parmi les particuliers, 85% privilégient l’essence. Du côté des clients fleet, la proportion reste encore de 50%. C’est déjà pas mal, mais si la fiscalité sur le leasing était plus linéaire, nous verrions encore plus de conducteurs professionnels se tourner vers l’essence.

Mazda compte-t-elle supprimer le diesel ?

Non, car une nouvelle génération s’annonce, avec AdBlue, des turbos à géométrie variable… Des moteurs plus puissants, mais aussi plus écologiques. Nous répondons déjà à la norme Euro6 sans additifs, et avec l’avènement de cette nouvelle génération, nous proposerons les diesels les plus propres du marché.

Et où en êtes-vous en matière de véhicules électriques et hybrides ?

Une Mazda électrique est prévue en 2019. Modèle inédit ou version électrique d’un modèle existant ? Nous ne le savons pas encore.  Nous collaborons avec Toyota sur une plateforme électrique commune. Il y a aussi des rumeurs de range extender, mais ce n’est pas encore confirmé. En 2021, nous lancerons des hybrides plug-in. Nous avons certes du retard par rapport à la concurrence dans ce domaine, mais la génération actuelle est surtout très prometteuse sur papier.  La norme WLTP pourrait bien modifier la donne, avec ses chiffres d’émissions et de consommation plus réalistes. C’est pourquoi nous estimons que la génération actuelle ne doit pas bénéficier d’avantages fiscaux. C’est aux constructeurs de peaufiner la technologie et de l’adapter au terrain.

On parle aussi de la technologie SkyActiv-X. Pouvez-vous nous expliquer – très simplement – en quoi elle consiste ?

Il s’agit d’un moteur à essence qui tourne comme un diesel et qui combine les avantages des deux technologies. Il a un couple supérieur à celui du moteur à essence actuel, tout en étant 30% plus sobre. Il consomme même moins qu’un moteur diesel actuel. Résultat ? Il s’avère à la fois moins polluant et plus sportif. Cette technologie s’inscrit parfaitement dans la philosophie de Mazda, qui privilégie l’agrément de conduite. Ces moteurs afficheront une puissance d’environ 180 ch. C’est une technologie absolument unique, qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. Sans verser dans l’excès de confiance, je dirais que c’est une technologie qui rend au moteur à essence toutes ses lettres de noblesse. Et qui devrait à coup sûr attirer l’attention du segment fleet.

Le constructeur a aussi annoncé le lancement de la nouvelle Mazda 6 cette année. Qu’est-ce qui va changer ?

La nouvelle Mazda6 a été relookée, dans la lignée du tout récent CX-5. L’intérieur sera neuf et pourra compter sur des matériaux de qualité supérieure. L’évolution va dans le sens ‘premium’, et inclut aussi une meilleure insonorisation. Tous ces petits changements sont censés accroître le niveau de confort. Et bien sûr, elle sera équipée de la nouvelle génération de diesels que j’ai évoquée tout à l’heure.

Où en est Mazda sur le plan de la technologie de la conduite autonome ? Et quelles sont les ambitions de la marque dans ce domaine ?

Nous n’en avons pas fait un objectif en soi. L’agrément de conduite est inscrit dans notre ADN. C’est pourquoi nous voyons toujours un conducteur au volant de nos voitures. La technologie autonome qui équipe déjà nos voitures et que nous continuons à perfectionner est là à titre de soutien, dans le but d’accroître la sécurité et le confort. Un peu comme un copilote. Dans ce domaine, nous sommes plutôt en tête de peloton. Certains concurrents lancent une campagne marketing autour de systèmes de sécurité que nous proposons de série depuis longtemps déjà. Nos voitures se déplaceront-elles un jour de façon 100% autonome dans les embouteillages ? Bien sûr, mais si le conducteur veut profiter de sa Mazda sur une jolie route dégagée, il pourra toujours le faire. Une voiture sans volant, ça ne colle pas avec notre philosophie. Je pense d’ailleurs que la voiture 100% autonome n’est pas pour demain. La technologie a fait de gros progrès, mais pour que cela fonctionne vraiment, il faut disposer d’une infrastructure routière connectée. Il faudrait aussi que l’ensemble du parc automobile soit autonome. Et puis, il y a le problème de la responsabilité en cas d’accident. Faudra-t-il incriminer le constructeur automobile ? Le fournisseur du logiciel ? Ou le conducteur dont le rôle est réduit à celui de simple spectateur ? Avouez qu’il y a là matière à discussion !

Qu’est-ce qui pousse les conducteurs à acheter une Mazda ?

Tout d’abord, il y a le look. Si vous regardez la Vision Coupé, vous constatez que nous sommes passés maîtres dans l’art du design.  Mais l’expérience du produit est tout aussi importante. 95% des acheteurs potentiels signent le bon de commande après un essai routier. Pour nous qui restons une marque relativement modeste, le plus difficile est d’attirer l’attention du conducteur professionnel. Alors quand, à peine lancée, la Mazda 6 a été proclamée Lease Car of the Year, ça a été pour nous comme une bénédiction. Nous nous sommes subitement retrouvés au cœur de l’attention. Ce genre de titre ouvre bien des portes.

Les particuliers qui le souhaitent peuvent aussi souscrire un contrat de leasing privé via une société de leasing. Ce n’est toutefois pas une formule que vous préconisez. Pourquoi ?

Je vois certains acteurs sur le marché offrir de plus grosses ristournes sur un contrat de leasing privé qu’à un client fleet. Cela ne cadre pas avec notre philosophie. Par ailleurs, le private lease est avant tout une façon de liquider un stock.  Or, chez Mazda, nous n’avons pas d’excédents de stock et les carnets de commande sont pleins. Du coup, ce modèle économique n’a pas beaucoup d’intérêt ni d’avenir pour nous.