CO2 : l’Europe doit-elle suivre Donald Trump pour éviter le péril jaune ?

Ce n’est plus une surprise pour personne : à l’horizon 2021, les voitures neuves vendues en Europe ne devront pas dépasser, en moyenne, les 95 g/km de CO2 et les 3,9 l/100 km, sous peine d’amendes faramineuses dans le chef des constructeurs. Sous l’ère Obama, les Etats-Unis avaient pris une mesure similaire. L’entourage de Trump est en train de faire marche arrière.

En 2025, les véhicules neufs immatriculés aux Etats-Unis devront parcourir, en moyenne, 50 miles avec un gallon de carburant (soit quelque 4,7 l/100 km). C’est ce qui avait été décidé par l’administration de Barack Obama en 2011. Aujourd’hui, Scott Pruitt, le patron de l’EPA (l’agence américaine pour la protection de l’environnement) nommé par Donald Trump, entend revoir ces contraintes imposées à l’industrie automobile opérant aux States. Il appuie sa décision sur deux constats imparables :

  1. En 2016, la moyenne était de 24,7 miles/gallon et, en 2017, de 25,2 miles/gallon. Loin des 50 demandés d’ici à peine sept ans !
  2. En 2011-2012, le marché américain était dominé par les « cars ». Aujourd’hui, les (gros) SUV et « light trucks » ont pris le dessus. Or, ceux-ci sont plus profitables et sont majoritairement assemblés « localement ».

Dans l’un des berceaux américains de l’automobile, Detroit, l’annonce de Scott Pruitt a été accueillie avec beaucoup d’enthousiasme. L’un des deux titres locaux phares, à savoir Detroit News, commentait ainsi les propos du patron de l’EPA : « Les consommateurs ne devraient pas être obligés d’acheter des voitures dont ils ne veulent pas à cause d’une politique bizarre héritée des années 70 marquées par la crainte d’une insuffisance des ressources pétrolières. Ils ne devraient pas être obligés de subventionner les petites voitures et les véhicules électriques pour que les constructeurs et les politiciens puissent prétendre qu’ils prennent garde à l’environnement ».

Cette position à caractère populiste et protectionniste se heurte quand même à celle de 12 Etats américains (représentant 40 % du marché) qui, depuis les années 70, imposent aux constructeurs des règles plus strictes que celles de l’EPA.

Carlos Tavares sur la même ligne ?

Patron de PSA, mais surtout de l’ACEA (l’association des constructeurs européens d’automobiles), Carlos Tavares s’inquiète lui aussi des conséquences que pourraient avoir les normes européennes sur l’industrie du Vieux Continent.

Pour rappel, ces normes précisent que les voitures neuves immatriculées en Europe d’ici 2021 ne devront pas dépasser, en moyenne, les 95 g/km de CO2 et les 3,9 l/100 km, avec un système de « super crédits » négociés entre constructeurs européens. En cas de dépassement, les amendes peuvent s’élever à plusieurs centaines de millions d’euros.

Or, nous le savons : le marché européen est tombé en amour pour les SUV et désavoue de plus en plus le diesel. Ce qui complique la tâche de l’industrie automobile…

Profitant de sa casquette de président de l’ACEA, Carlos Tavares a très récemment tiré la sonnette d’alarme : les amendes adressées aux constructeurs qui n’atteindraient pas leurs objectifs CO2 pourraient bien fragiliser leur rentabilité, au point de les rendre – pour certains, du moins – vulnérables à l’appétit chinois. « L’impact est tout à fait évident. Cela va créer un cheval de Troie chinois en Europe. Si un constructeur automobile européen ratait ses objectifs CO2 et était mis à genoux par des amendes, il ne pourrait pas être acquis par un autre grand constructeur européen uniquement en raison des règles antitrust »… Or, les objectifs CO2 passent par un transfert (massif) à la technologie électrique. « Et qui est leader de l’électrification ? Ce sont les Chinois », a encore lancé Tavares.

A noter, d’ailleurs, que Geely (propriétaire de Volvo) s’est emparé de 10 % de Daimler il y a quelques semaines. Et que Dongfeng Motor dispose de plus de 12 % de PSA (que dirige Carlos Tavares)…

Assisterons-nous à la réinterprétation du fameux péril jaune ? Il est des questions et positions que le Dieselgate ne permet plus de poser et de tenir aujourd’hui. Mais ne comptez pas sur Trump, ni sur Tavares pour ne pas jouer cartes sur table. A la différence que le premier représente l’autorité, le second le lobbying…

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