Column: Conduite tarifée = conducteur dépouillé ?

Voilà déjà de nombreuses années que les autorités de ce pays brandissent avec obstination une politique en matière de transports en commun comme arme principale pour endiguer les files. Seul problème : pour près d’un navetteur sur deux, ces transports en commun ne constituent pas une alternative. Ceci à fort à voir avec la situation des entreprises, trop souvent délaissées par les transports publics, à l’instar d’un quartier à éviter absolument dans l’un ou l’autre ghetto mexicain de la drogue. Et maintenant que rester à l’arrêt fait partie du quotidien, l’idée d’une approche selon une méthode forte, à savoir la conduite tarifée, commence de plus en plus à germer dans l’esprit de nos chères autorités.

Bien qu’il y ait finalement bien quelque chose à dire en faveur du principe selon lequel « l’utilisateur paie », une étude approfondie de VAB révèle désormais que le coût pour les navetteurs ne disposant pas d’une alternative valable à la voiture, pourrait atteindre chaque année plusieurs  milliers d’euros. La simulation que vous trouverez sous cette rubrique laisse peu de place à l’imagination sur ce plan-là. Le principal souci de VAB est qu’il s’agisse à nouveau, après l’ATN, d’une forme déguisée de pression fiscale sur l’emploi. Traduisez : les travailleurs se rendant à leur travail en pleine heure de pointe devront désormais plonger profondément la main dans leur bourse.

Les partisans de la conduite tarifée affirment que son entrée en vigueur ne générera aucun coût pour l’automobiliste. Au lieu de la possession, c’est toutefois l’usage qui en sera taxé. Mais d’après les calculs de VAB, il semble que cette position ne tienne la route que pour les personnes qui ne roulent que pendant les heures creuses ou qui peuvent opter facilement pour les transports en commun pour effecteur leurs déplacements domicile-lieu de travail. Cette enquête révèle que cela concerne à peine la moitié des cas, et qu’un grand groupe de travailleurs sera donc encore davantage taxé.

La compensation éventuellement envisagée par les autorités sera insuffisante. Les entreprises moins bien accessibles devront donc offrir elles-mêmes une compensation pour les coûts supplémentaires générés par les déplacements domicile-lieu de travail, si elles souhaitent maintenir leur potentiel de recrutement. Et vu que les taxes sur le travail sont déjà tellement élevées en Belgique, ce ne sera pas accueilli chaleureusement par les organisations patronales. Si nous continuons dans cette direction, l’entreprenariat mais aussi le travail seront bientôt sanctionnés.

Comme toujours dans le débat sur la mobilité, la panacée n’existe pas. Il y a toujours quelqu’un qui doit payer l’addition. Mais dans ce cas-ci, j’invite les autorités à se pencher sérieusement sur l’étude de VAB avant de prendre des décisions trop audacieuses.

Philippe Quatennens

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Tags: Mobility