Erik Swerts (Alphabet) : « Le Covid-19 n’a fait que renforcer une tendance déjà existante en termes de mobilité »

Lors d’un entretien qu’il nous avait accordé l’an dernier, Erik Swerts évoquait déjà la tendance à une mobilité plus diversifiée. Quelques mois plus tard, le monde a changé, mais le directeur général d’Alphabet Belgium Long Term Rental reste fidèle à sa vision : l’impact du coronavirus est énorme, mais les engrenages du changement étaient déjà actionnés…

Quand le Covid-19 a frappé début mars, quelle fut votre première réaction en tant que directeur général ?

Ma première préoccupation fut la sécurité de mes employés. J’ai donc pris la décision de renvoyer tout le monde à la maison avant le confinement. Pendant 12 semaines, il y avait un maximum de 10 personnes dans le bureau; toujours les mêmes. L’exercice a été relativement facile pour nous, puisque nous avions déjà adopté de nouvelles méthodes de travail (flexible). Du point de vue pratique et de l’ICT, cette transition rapide vers le travail à domicile s’est déroulée sans heurts. Pour être honnête, je dois préciser que l’entreprise s’est aussi en grande partie arrêtée pendant le confinement. Les flottes étaient à l’arrêt, les garages fermés. Maintenant, nous rattrapons notre retard.

La première réaction a souvent été de prolonger les contrats. Est-ce le cas aussi chez vous ?

Oui, mais pas au point d’étendre les contrats de la moitié de la flotte. Nous n’avons fait que répondre aux demandes dans ce sens. Cela ne nous dérangeait pas, d’ailleurs. Nous n’aurions pas aimé non plus voir une masse de véhicules revenir en un mois de temps après le lockdown.

Avez-vous déjà une idée des retombées économiques pour vos clients ? Ont-ils pris des décisions drastiques concernant leur flotte ou demandé un report de paiement ?

Il est clair que la reprise économique sera une tâche de longue haleine. Et oui, nous avons eu des clients qui étaient sur le point de passer une grosse commande mais qui l’ont mise en attente. Mais quand je regarde la situation dans son ensemble, je n’y vois pas de tendance générale inquiétante. Les gens sont particulièrement prudents et c’est là que je peux intervenir. Les clients ayant des problèmes de paiement sont plutôt rares chez nous. Mais j’attribue également cela en partie au fait que nous avons toujours eu une politique d’acceptation des crédits assez stricte. Pas de gros problèmes de paiement pour l’instant, donc, mais cela pourrait effectivement changer.

Selon vous, quel sera l’impact du coronavirus sur l’évolution des valeurs résiduelles ?

En ce qui nous concerne, nous constatons aujourd’hui une augmentation de la performance du remarketing. Ce phénomène est en partie compensé par le volume de voitures qui arrivent maintenant sur le marché. Dans un avenir proche, plusieurs facteurs auront un impact. Compte tenu de la fiscalité et de la tendance générale, nous devrons être prudents avec le diesel. On ne peut ignorer l’abandon progressif de ce carburant à cause de la fiscalité. Pour l’essence, on observe le phénomène inverse, les ventes augmentent et les valeurs résiduelles sont correctes. Cela s’explique en partie par le fait que l’offre de voitures à essence d’occasion est encore relativement rare aujourd’hui.

Selon l’impact que le coronavirus aura sur l’économie dans les prochains mois, on pourrait voir les gens acheter des voitures d’occasion plutôt que des neuves, parce qu’ils sont plus prudents avec leur budget. Cela aurait à son tour un impact positif sur les valeurs résiduelles. Il y a donc un certain nombre de forces opposées à l’œuvre qui font qu’il est difficile de faire des prédictions en ce moment. En règle générale, le risque de valeur résiduelle est aujourd’hui moindre pour nous avec les véhicules hybrides et électriques. Ces véhicules sont davantage tournés vers l’avenir que les voitures à moteur à combustion interne.

En février, Alphabet a commandé une enquête sur la mobilité en Belgique. Quelles en sont les principales conclusions ?

La voiture reste le moyen de transport préféré des Belges. 93 % des ménages possèdent au moins une voiture et un quart d’entre eux possèdent au moins une voiture de société par ménage. La voiture reste de loin le moyen de transport le plus populaire pour se rendre au travail (61 %). Les transports publics (18 %) et les autres options sont loin derrière.

Toutefois, bien que modeste, le changement est en cours. Par exemple, au cours des trois dernières années, une proportion importante de propriétaires de voitures ont indiqué qu’ils avaient échangé leur voiture contre une option plus écologique : 8% pour voiture plus petite, 3% pour une voiture hybride et 2% pour une voiture électrique. Et bien sûr, il y a aussi la tendance à l’utilisation accrue du vélo et au télétravail. Néanmoins, il existe toujours un fossé entre les solutions de mobilité proposées et les souhaits des salariés.

A quel niveau ?

Pas moins de six Belges sur dix interrogés ont déclaré qu’ils n’avaient pas assez de choix en matière de mobilité. Par exemple, 55 % des personnes interrogées ont déclaré qu’elles aimeraient faire la navette en transports en commun mais que c’était tout simplement impossible à faire pour elles. Cette insatisfaction est également perceptible lorsqu’on interroge les gens sur les possibilités de mobilité professionnelle : il y a aussi une différence frappante entre ce que les salariés considèrent comme important et ce que leur entreprise leur offre.

Et cela vaut pour l’ensemble de l’offre de mobilité : voiture de société (34% souhaitent cette option, 24% l’ont), budget de mobilité (56% vs. 12%), vélo électrique (45% vs. 17%), remboursement des transports publics (72% vs. 60%), plan cafétéria (39% vs. 9%), voiture de société électrique (29% vs. 7%) et voitures de pool (21% vs. 10%). En outre, trois quarts des travailleurs belges veulent prendre leur mobilité en main, selon l’enquête.

Si nous traduisons cette tendance à la situation actuelle, quelles sont vos conclusions ?

Que le conservatisme en matière de mobilité a été abandonné à un rythme rapide. De nombreuses personnes sont passées au télétravail du jour au lendemain et en voient maintenant les avantages. Vous faites une expérience complètement différente de la voiture en particulier et de la mobilité en général.

Non pas que la voiture disparaisse nécessairement du tableau, mais lesutilisateurs optent pour un modèle moins cher en combinaison avec un vélo électrique, par exemple. Le Covid-19 a eu un impact majeur à cet égard. Mais ces tendances étaient également présentes avant : on sent que la mobilité va devenir différente et surtout plus diverse. Cette transition s’accélère maintenant en raison de la crise.

Mais il existe aussi des formes de mobilité alternative qui ont pris du plomb dans l’aile. Comme l’auto-partage, par exemple…

Cela ne sera pas évident dans les mois à venir. Mais je pense qu’on y reviendra une fois que nous aurons mis cette crise derrière nous et qu’il y aura un vaccin.

Une autre difficulté sera la nouvelle façon de travailler avec une présence flexible au bureau. C’était déjà la norme chez Alphabet. Le contact physique doit être évité autant que possible. Les personnes qui se rendent au bureau auront une place fixe. Mais je suis convaincu que le grand changement sera le travail flexible à la maison. Quoi qu’il en soit, le monde que nous connaissions avant le coronavirus en termes de régime de travail ne reviendra jamais. Le télétravail à 100 % n’est peut-être pas la norme non plus, mais une forme intermédiaire avec quelques jours au bureau combinée au télétravail le sera.

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Tags: Auto Mobility