Johan Portier (LeasePlan) : « Vers une mobilité à la Spotify »

Que ce soit sur Internet ou sur les médias sociaux, vous n’avez pas pu passer à côté de « What’s next ? », la campagne de grande envergure de LeasePlan qui nous présentait ainsi ses plans pour les trois à cinq années à venir. Johan Portier nous aide à remettre les pièces du puzzle en place et à faire un point sur ce que l’on peut attendre en Belgique à court et moyen terme.

C’est la révolution chez LeasePlan…

Johan Portier : Comme dans toute société, on a parfois trop le nez dans le guidon. Il est nécessaire de pouvoir se redresser de temps en temps pour analyser en profondeur ce qui se passe autour de nous. C’est précisément ce que LeasePlan a fait ces derniers temps pour établir une stratégie innovante. La question « What’s next ? » en est le cœur battant.

Que renferme cette question ?

JP : On sait que 90 % des véhicules sont immobilisées pendant 90 % du temps. Dès lors, pourquoi faudrait-il garder une relation 1 personne pour 1 véhicule ? C’est le genre de question que nous nous posons désormais. Quand on garde le nez dans le guidon, on se focalise sur des solutions liées à la notion de nouvelle mobilité multimodale. Parce que c’est dans l’air du temps. Parce qu’on nous dit c’est la nouvelle norme. Mais est-ce vraiment la norme ? Est-ce « mainstream » ? Pas à grande échelle, en tout cas ! Or, on ne parle que de ça.

 

Vous proposez vous-même une carte de mobilité…

JP : Oui, bien sûr. Nous entamons une transition, une transformation. Mais entre-temps, il faut rester dans le concret et continuer à proposer les services actuels, même ceux qui ne se développent pas à grande échelle. Prenons un autre exemple : aujourd’hui, la durée moyenne des contrats de leasing reste de 48 mois, tant chez LeasePlan que chez nos concurrents. Demain – nous y reviendrons -, nous irons vers des offres à la minute. En attendant, pour assurer une transition, nous avons lancé cette année FlexiPlan, avec une proposition de contrats de 1 à 24 mois pour des besoins ponctuels ou saisonnier.

Quel est le credo de LeasePlan alors ?

JP : Le monde tourne vite. A une vitesse plus élevée que celle à laquelle on va développer la nouvelle mobilité. Je ne suis pas Madame Soleil, mais peut-être va-t-on carrément sauter ce cap de la mobilité multimodale. D’où la question « What’s next ? ». A titre d’exemple, nous avons rencontré de jeunes Américains de 20-25 ans qui ont créé des entreprises de type sociétés de leasing dans un environnement totalement digital. En l’espace de trois ou quatre mois, ces jeunes géraient une flotte de 10.000 véhicules. La réalité américaine n’est pas celle de l’Europe, mais elle invite à réfléchir. On voit aussi le succès d’Airbnb ou de Spotify…

Le digital et l’économie de partage seraient donc les réponses de LeasePlan à la révolution de mobilité à laquelle tout le monde s’attend ?

JP : Dans l’histoire de l’Humanité, il y a eu le développement de l’agriculture, puis la révolution industrielle suivie de l’essor des sociétés de services – dont nous faisons partie. Aujourd’hui, un quatrième modèle économique est en train de se créer, celui des plateformes (Uber, Spotify, Airbnb). Avec Spotify, par exemple, nous avons désormais accès à toute la musique produite dans le monde, sans être propriétaire de cette discothèque. On écoute donc ce que l’on veut, où l’on veut, quand on veut. C’est désormais la stratégie de LeasePlan : « Any car, Anytime, Anywhere ». Nous sommes en train de faire la transition d’une société de services vers une société de plateformes. A grande échelle, nous pensons que nous allons vers une mobilité à la Spotify. Chez LeasePlan, nous croyons que l’avenir de la mobilité se fera en trois étapes : d’abord la voiture électrique, ensuite la voiture partagée et enfin, la voiture partagée électrique qui sera autonome. Tout cela, dans un contexte digital et connecté.

LeasePlan reste quand même une société de leasing, non ?

JP : Je suis convaincu que notre métier, en tant que spécialiste du leasing automobile, n’est plus le même qu’il y a dix ans. Et ce n’est pas forcément l’ambition de LeasePlan d’être encore une société de leasing d’ici cinq ans. En tout cas, pas comme on la conçoit encore aujourd’hui. Nos clients vont aussi évoluer. Si nous continuerons à nous focaliser sur les entreprises, nous nous tournerons également vers les consommateurs et les économies de partage.

Dans tout ce que vous dites, une chose ne change pas : l’automobile reste au cœur de votre business…

JP : En effet, on ne change rien à ce niveau-là.

VERS LE ZERO EMISSION…

Vous avez mis en place un plan ambitieux pour faire émerger la voiture électrique.

JP : Comme l’a répété à plusieurs reprises le CEO de LeasePlan Corporation, Tex Gunning, si nous ne parvenons pas à devenir une industrie propre, nous n’existerons bientôt plus. Idem pour les constructeurs : ce n’est pas pour rien qu’ils travaillent sur un tas d’énergies alternatives… Nous avons donc décidé de rejoindre la Convention de Paris de 2015 et de tout faire pour rendre notre flotte électrique (plus d’1,7 million de véhicules dans le monde, ndlr) à l’horizon 2030, histoire de diminuer notre empreinte écologique et d’approcher le zéro émission.

Un réel défi ou un langage marketing dans l’air du temps ?

JP : Il est évident que nous devons apporter la preuve qu’il s’agit, au-delà des mots, d’une réelle ambition. D’où la décision d’implanter d’abord cette vision en interne d’ici 2021. Bien sûr, beaucoup de questions très pratiques nous parviennent. Et bien sûr, nous ne disposons pas de toutes les réponses à ces questions. Nous allons apprendre beaucoup de ces questions internes… Pour nous aider dans ce projet, nous avons créé un EV Experience Centre aux Pays-Bas. Il est en train de se développer. Nous sommes occupés à le décliner en Belgique et au Grand-Duché. On va créer un laboratoire ouvert qui nous permettra de partager notre expérience avec nos clients, prospects et partenaires.

Il faut maintenant convaincre les clients…

JP : La diminution de l’empreinte écologique est un thème évoqué par la majorité des clients, sans pour autant se concrétiser (à grande échelle). Nous avons donc développé la formule 360, une nouvelle approche qui permet d’envisager l’évolution future de la flotte de nos clients et prospects. Elle est articulée autour de trois thèmes :

  • L’empreinte écologique. Nos consultants analysent une trentaine de paramètres de la flotte de nos clients et l’usage qui est fait des véhicules. Ils formulent ensuite des conseils concrets pour envisager un parc plus durable.
  • Total Cost of Use. On se penche sur l’impact financier de la transition vers une flotte « verte ». Aujourd’hui, l’importation de véhicules électriques en Belgique est limitée. Ce qui engendre, il faut oser le dire, des coûts plus élevés pour l’électrique que pour des véhicules thermiques traditionnels. Malgré tout, on constate que le marché évolue assez vite. Les valeurs résiduelles des voitures électriques augmentent. Ce qui aide à proposer des tarifs finaux plus adéquats.
  • Le taux de satisfaction du conducteur.

Très sincèrement, nous constatons que les clients sont particulièrement satisfaits que nous puissions leur proposer une nouvelle manière de penser. Cela ne veut pas dire qu’ils adhèrent tous immédiatement à la vision. Il faut du temps…

PAS A PAS DANS LE MONDE DIGITAL

Comment envisagez-vous votre transformation digitale ?

JP : Quand les voitures seront autonomes, nous pourrons commander des véhicules quand et où nous en aurons besoin à l’aide d’un smartphone. On n’y est pas encore, évidemment. Malgré tout, des choses se mettent en place aujourd’hui, pas à pas, pour intégrer l’ère digitale :

  • La plateforme en ligne Private Lease, avec un showroom virtuel dynamique (évolutif, donc) et perpétuel. Nous avons constaté qu’environ 65 % des commandes en leasing pour particuliers se déroulent via un smartphone. On n’en est déjà plus à la logique d’un écran traditionnel…
  • LeasePlan Click & Drive propose aux PME des offres spéciales de leasing pour des véhicules très demandés, précommandés, disponibles dans un showroom en ligne, avec des délais de livraison rapides (deux semaines, dans un avenir proche). Tant pour le Private Lease que pour le Click & Drive, nous avons mis en place une fonction de chat. Nous remarquons que les gens posent quatre ou cinq questions. Puis ils commandent au bout de d’une poignée de minutes.
  • Les LeasePlan Experience Stores s’appuient sur le digital pour donner une seconde vie aux 300.000 véhicules LeasePlan arrivant chaque année en fin de contrat en Europe (15 à 18.000 en Belgique). En combinaison à cela, le client potentiel doit pouvoir garder le contact physique avec le véhicule. D’où l’ouverture de showrooms « high level », dont un en Belgique dès l’an prochain. L’endroit n’est pas encore déterminé. Nous disposons d’une short list. Evidemment, ce projet n’exclue pas nos partenaires habituels de revente de véhicules d’occasion.

L’avenir sera digital, mais aussi connecté, disiez-vous…

JP : Nous avions déjà le partenariat avec Uber. Nous avons désormais un partenariat avec TomTom Telematics, qui a débouché sur des projets pilotes lancés en Allemagne, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni. En nous permettant d’accéder à sa plateforme WebFleet, TomTom va nous aider à créer une flotte connectée avec des données uniformisées dans un monde digital. C’est également un pas de plus vers les étapes ultérieures de notre stratégie sur les voitures partagées et autonomes. Disposer de ces données quand les voitures (autonomes ou pas) seront partagées nous permettra de répondre au mieux aux demandes ponctuelles et spécifiques. Nous serons en mesure de débloquer des véhicules aux endroits et aux moments où la demande est la plus forte.

La question s’impose : What’s next… que nous ne connaissons pas encore ?

JP : Tous les concepts que recèle « What’s next ? » n’ont pas encore été dévoilés au grand public. Le tsunami qui marque la réinvention de LeasePlan n’est donc pas encore terminé. Mais je ne peux en dire davantage à ce stade.

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