Le Bureau du Plan table sur 5 % de voitures électriques d’ici 2030

Le monde politique mise beaucoup sur les voitures électriques. Le Parlement européen a ainsi récemment voté une réduction des émissions de 37,5 % pour les nouvelles voitures et 31 % pour les camionnettes d’ici 2030. Pour atteindre ces objectifs, un développement ultrarapide de la voiture électrique sera indispensable. Et selon le Bureau du Plan, ce développement n’est pas réaliste dans notre pays. Mais il y a un ‘mais’…

Basant ses prévisions sur de nombreuses données statistiques, le Bureau fédéral du Plan prévoit pour 2030 seulement 5 % de voitures 100 % électriques au niveau du parc automobile belge. Un chiffre qui passerait à 12 % en 2040. Mais les voitures hybrides, qui combinent un moteur thermique et un moteur électrique, représenteraient d’ici 2030 pas moins de 31 % de parts de marché et 12 % seraient des hybrides rechargeables. Les autres motorisations de substitution comme le CNG et l’hydrogène demeureraient marginales.

Si ces prévisions du Bureau du Plan s’avèrent exactes, cela signifie que les moteurs à combustion interne continueront de représenter à l’avenir une quote-part importante du marché. Le Bureau du Plan estime que ces moteurs représenteront encore 63 % de parts de marché en 2030 et 57 % en 2040. Encore plus étonnant : le diesel redeviendrait même plus populaire que l’essence. 34 % pour le diesel contre 29 % pour l’essence en 2030 et 29 % contre 28 % 10 ans plus tard. Il semble donc qu’il existe un gouffre entre l’ambition politique et la volonté des citoyens de jouer la carte de l’électrique.

Exact ou pas ?

Même si nous ne mettons pas en doute la crédibilité du Bureau du Plan, ces chiffres demeurent des prévisions. Et l’an dernier, le Bureau du Plan n’avait pas vu venir la forte diminution du marché des véhicules diesel. Selon les prévisions, le diesel devait encore représenter 40 % de parts de marché… Finalement, ce fut 35 %. L’augmentation des accises sur le diesel, l’entrée en vigueur de Zones de Basses Émissions et les inquiétudes concernant les faibles valeurs résiduelles ont incité beaucoup de consommateurs à opter plutôt pour l’essence ou l’hybride.

Mais là où le Bureau du Plan marque un point, c’est que moins de 1 % des voitures en circulation aujourd’hui en Belgique sont des voitures électriques. Une multitude de facteurs expliquent ce chiffre : le stress de l’autonomie, un prix d’achat trop élevé, trop peu de bornes de recharge, des doutes sur la valeur résiduelle, etc. Pour le consommateur moyen, l’argument écologique semble moins important que l’argument économique.

Mais surtout, l’offre en modèles électriques abordables est aujourd’hui simplement trop réduite. L’Audi e-tron est régulièrement mise en avant par les médias comme le porte-drapeau de la voiture électrique en Belgique, mais à 82.400 euros, on ne peut pas dire qu’elle s’adresse à Monsieur Tout-Le-Monde.

La solution pour combler le gouffre entre la volonté politique de réduire les émissions et ce qui est financièrement à la portée du citoyen doit donc être apportée par l’industrie automobile. Sur ce plan, l’avenir est assez prometteur. Cette année encore, mais surtout d’ici 2020, nous pouvons nous attendre à assister à une véritable ‘vague d’électrification’ avec l’arrivée de nombreux nouveaux modèles électriques sur le marché. Cet essor de l’offre pourrait précipiter à la corbeille les prévisions pessimistes du Bureau du Plan.

Par ailleurs, il ne faut pas sous-estimer l’évolution technologique. Dans le domaine des batteries surtout, de nombreuses nouveautés s’annoncent avec notamment l’arrivée des batteries à l’état solide (sans fluides). Ces batteries promettent des temps de rechargement plus courts et une autonomie pouvant atteindre 1.000 km. Dans ce contexte, toute prévision concernant la voiture électrique sur un terme dépassant les cinq années apparaît ne pas être davantage qu’une supposition éclairée.

Quoi qu’il en soit, même dans les scénarios les plus optimistes, il apparaît qu’il faudra compter dans les années à venir sur un mix des types de propulsion. L’Europe peut exercer une influence majeure en poussant la voiture électrique. La question, c’est de savoir si le citoyen entend suivre cette évolution. On reproche souvent à l’Europe un déficit de démocratie. Avec des décisions qui ne prennent pas en compte ce que veulent réellement les citoyens et surtout ce qui est financièrement réalisable. Dans ce contexte, le besoin de voitures électriques abordables est plus aigu que jamais.


Le politique a-t-il voulu en faire trop ?

Est-ce une bonne idée pour les autorités d’imposer au citoyen des choix technologiques ? Avec les instruments fiscaux, elles peuvent parfaitement aiguiller ces choix. La hausse des accises sur le diesel a atteint son objectif. Nous achetons désormais davantage de voitures dotées de moteurs à essence. Mais cela a eu pour effet de faire augmenter les émissions de CO2 au cours des deux dernières années.

Voilà qui ressemble à un flagrant déficit de connaissances (techniques) du dossier de la part des autorités. L’opprobre lancée sur le diesel apparaît également disproportionnée. Les Régions clament leur volonté d’interdire le diesel avec toujours plus de Zones à Basses Émissions, oubliant les qualités des diesels de nouvelle génération (Euro 6d-Temp). Ces moteurs sont très respectueux de l’environnement et pourront d’ailleurs continuer à circuler dans la LEZ d’Anvers jusqu’en 2030.

Le débat a tourné à la dictature de l’électrique. Même avec une marge d’erreur de 50 % pour les prévisions du Bureau du Plan, toute personne réfléchissant avec une certaine logique sait parfaitement que les moteurs à combustion ne sont pas encore prêts de disparaître. Mieux encore : pour atteindre cet objectif ambitieux de 37,5 % de réduction des émissions d’ici 2030, les moteurs diesel modernes sont indispensables.

Pendant ce temps, le gouvernement flamand veut être plus vert que vert en proposant un achat groupé de voitures électriques. Cette initiative, nous pouvons la considérer surtout comme une ‘volonté de se profiler’. Ce qui est généralement tout le contraire d’une vision à long terme.

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