Pieter Van Bastelaere (Traxio) : « Chaque année, 100 garages disparaissent »

Traxio

Traxio est aux côtés de Renta et Febiac l’une des trois grandes fédérations du secteur automobile que compte notre pays. Nous avons rencontré le Directeur de Traxio Vlaanderen, Pieter Van Bastelaere, pour évoquer les défis d’aujourd’hui et de demain.

Ces dernières années, le paysage de la distribution a fortement évolué, avec des croissances d’échelle et des reprises notamment par des groupes étrangers. Quel regard porte Traxio sur cette évolution ?

Chaque année, 100 garages disparaissent dans notre pays, le plus souvent par le biais de consolidations ou de reprises. Les grands constructeurs automobiles veulent exercer davantage de contrôle sur toute la chaîne en Europe. Et ces établissements sont également concernés par ce rapport de forces. L’industrie automobile veut dégager des moyens pour les grands investissements, comme le respect des normes d’émissions et le développement des voitures électriques et des véhicules autonomes. Nous sommes aussi un maillon où les synergies et la croissance d’échelle permettent de rehausser le rendement et de réduire les coûts. C’est l’analyse que nous faisons de cette tendance.

Il s’agit pour la plupart de garages qui existent depuis des décennies, et souvent d’entreprises familiales. Se laissent-elles facilement tenter par un acheteur potentiel qui débarque avec une valise pour reprendre l’entreprise ? 

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Je ne présenterais pas les choses de cette façon. Je connais bien le secteur et ce sont des entrepreneurs passionnés par leur métier. C’est une fierté de transmettre le garage de génération en génération. Je n’ai encore jamais rencontré de membre venant dire : nous en avons assez, donnez-nous de l’argent et nous disparaissons. Dans de nombreux cas, ce sont des reprises imposées et gérées depuis un niveau supérieur.

Les plaintes que l’on entend le plus de la part des garages et des réparateurs concernent des marges trop faibles et des tarifs horaires trop bas. Quelles en sont les causes et que peut-on faire ?

La Belgique est un petit pays, où tout est en plus très fragmenté. Les avantages d’échelle sont plus faibles que chez nos voisins et la rentabilité n’est pas la même. La marge moyenne sur la vente d’une voiture neuve est de 100 euros. Rien donc. Et concernant ces tarifs horaires, la fragmentation du marché est la conséquence directe d’une concurrence féroce. C’est cela qui met les taux horaires sous pression. Cette évolution à la baisse ne peut évidemment pas durer. Chez certaines marques, les entretiens et les réparations baissent chaque année de 8%. C’est beaucoup quand il faut compenser cette baisse ailleurs. Les frais fixes restent les mêmes.

Les visites dans les showrooms baissent également, les consommateurs s’informant essentiellement en ligne. Est-ce une menace pour votre secteur ?

Je voudrais nuancer un peu ce constat. Tout le monde parle du e-commerce, mais quand on examine les chiffres, cela ne représente que quelques pourcents en termes de volume. Je n’y vois pas de menace à court terme pour notre secteur. La voiture, c’est aussi un produit différent d’un fast moving consumer good. L’investissement est important. Il y a une part de subjectivité pour le choix de la marque, l’expérience vécue avec la marque… Les clients aiment s’informer en ligne, mais avant d’acheter une voiture, ils veulent quand même la voir en vrai et l’essayer.

Certains se tournent vers des centres commerciaux car ceux-ci génèrent beaucoup de passage. Est-ce une bonne idée ?

Et tant qu’instrument de marketing pour augmenter la notoriété de la marque, c’est le cas. Mais comme canal de vente, je ne vois pas d’avenir en cette solution. Les chiffres des ventes ne parviennent pas à compenser les coûts. Les exemples sont assez nombreux à l’étranger.

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Le secteur de l’occasion est important également pour Traxio. On dit que les diesel sont devenus impossibles à revendre. Est-ce confirmé par vos statistiques ?

Le secteur de l’occasion est très stable en Belgique. Chaque année, ce sont environ 715.000 voitures qui sont vendues dans notre pays. En ce qui concerne le diesel, nous avons vu passer en quelques années leur proportion au niveau des ventes de voitures neuves de 2/3 à 1/3. Avant, 2/3 des voitures d’occasion étaient aussi des diesel. Aujourd’hui, elles représentent environ la moitié du volume. Et cette baisse va se poursuivre.

Mais ces dernières semaines, on constate que cette tendance se ralentit. Elle s’inscrit dans le cadre de la fiscalité automobile basée sur les émissions de CO2 et qui devient plus stricte. Objectivement, le diesel est plus avantageux sur ce plan. Mais d’un autre côté, les Zones de Basses Émissions peuvent constituer un problème pour vendre des diesel Euro4. Au niveau des chiffres, les prix de l’occasion pour les diesel sont restés très stables au cours des trois dernières années. Nos membres ressentent toutefois que ces véhicules restent en stock plus longtemps.

Retrouvez l’interview complète dans le magazine FLEET à paraître début janvier. Pour le recevoir gratuitement, inscrivez-vous ici !

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