Sophia, la nouvelle égérie du combat contre la voiture (de société) ?

Le Covid-19 a vu naître des groupes en pagaille : le GEES (Groupe d’Experts en charge de l’Exit Strategy), l’ERMG (Economic Risk Management Group)… Voici désormais le RMG, pour Resilience Management Group. Celui-ci a présenté récemment le plan Sophia, en faveur d’une relance économique loin du « business as usual »… Vous allez le voir : la voiture de société, le carburant, l’usage des routes et même les ‘old timers’ et autres lieux communs y occupent une place de choix

Le Resilience Management Group (RMG) est composé d’une centaine de scientifiques et de 182 entreprises de la coalition Kaya (les entreprises de la transition écologique, pour faire court).

Tout ce beau monde a mis son expérience en commun pour pondre le plan Sophia, un recueil de plus de 200 mesures dans 15 domaines. Objectif : « Enclencher immédiatement la transition vers une économie durable, pour éviter de nouvelles crises systémiques qui seraient inévitables si la relance se faisait à l’identique ».

La voiture (de société) comme élement fiscal

Le groupe chargé de la fiscalité propos de supprimer les subventions d’origine fiscale, directes et indirectes, dont profite l’économie extractive, au bénéfice d’alternatives plus durables.

Voici ce qu’en dit le plan Sophia :

« L’exemple emblématique en la matière est la voiture de société, ou voiture salaire, qui abaisse à zéro le coût marginal du déplacement en voiture. Ce faisant, l’incitation financière usuelle à habiter près de son lieu de travail ou à privilégier les transports en commun ou les autres modes de déplacement – dont le covoiturage et le vélo – disparaît, de même que celle de veiller à privilégier une conduite sobre ou encore celle de modérer ses déplacements privés. Il s’agit de supprimer ce système, en se calquant sur le traitement fiscal des voitures d’entreprise tel qu’il prévaut ailleurs en Europe. »

Le régime fiscal de faveur pour le carburant dit professionnel doit aussi être démantelé, selon le RMG qui ajoute encore : « L’usage des infrastructures autoroutières doit être rendu payant pour les voitures particulières, et de manière intelligente, tout comme doit l’être le péage urbain à instaurer. Les avantages fiscaux pour les ‘old timers’ doivent être supprimés, et leur usage, particulièrement polluant, doit être découragé.

La TMC et la TC pour influencer les choix

La taxe de mise en circulation (TMC) est extrêmement efficace pour aider les consommateurs à choisir les véhicules les moins incidents. Il conviendrait de la réformer en ce sens et donc favoriser radicalement les petites voitures électriques au détriment des autres et des SUV tant pour la TMC que pour la taxe de circulation (TC) et généraliser le critère de taxation sur base des émissions polluantes et de la masse du véhicule.

Tous à pied, à vélo ou en bus

Le RMG entend donner plus d’espaces aux piétons, cyclistes et autres usagers des transports en commun.

« Dans le cadre de la crise sanitaire, plusieurs villes européennes (dont Bruxelles) ont décidé d’augmenter la part d’espace public allouée aux modes actifs (marche, vélo et micromobilité) et d’en faciliter les déplacements : aménagements de pistes cyclables et de zones de rencontre, modification du phasage des feux de circulation, … Il convient d’amplifier ces mesures dont on sait depuis longtemps qu’elles sont indispensables pour rendre possible un report de la voiture vers les modes les moins polluants, non seulement en milieu urbain mais également rural. »

Et le RMG de poursuivre à ce sujet : « Depuis des années, les contraintes budgétaires auxquelles elles sont soumises empêchent les sociétés de transport public (SNCB/Infrabel, De Lijn, STIB et TEC) de développer suffisamment leur offre. Outre un refinancement conséquent, l’offre gagnerait à être restructurée selon le modèle de l’horaire cadencé intégré (ou des noeuds de correspondance)21. Complémentairement, les outils IT permettant une optimisation intégrée – transport public, voitures/vélos/trottinettes partagés – des trajets sont à développer ».

Une relance économique contre un secteur économique ?

Ces entreprises et académiques qui constituent le RMG ne font finalement que marteler les lieux communs anti-voitures. Si tout le monde sait – y compris le secteur automobile lui-même – vers où il faut tendre, la petite Sophia se veut rêveuse et utopique. Les chercheurs auront eu le temps de développer 10 vaccins anti-Covid (19, 20, 21…) avant qu’un quart du tiers de ces mesures ne voient concrètement le jour.

Mais bon, disons qu’il est inquiétant de voir qu’une centaine de scientifiques de haut vol et 182 entrepreneurs sont peut-être prêts à aller s’enchaîner aux voitures exposées au Salon de l’Auto dont nous espérons tous qu’il pourra bel et bien avoir lieu pour la santé économique de tout un secteur dont on ne rappellera pas une nouvelle fois l’apport à coup de milliards dans les caisses de l’Etat. Une relance économique contre des secteurs économiques, à qui le crime bénificiera-t-il à la fin ?

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