Vers la fin des tableaux de bord entièrement numériques ?

Ces dernières années, l’intérieur des voitures a évolué fortement : toujours plus d’écrans, de menus tactiles, de commandes virtuelles. Pourtant, un vent de retour en arrière pourrait souffler dans les cockpits : les boutons physiques reprennent du galon. Un phénomène qui n’est pas qu’anecdotique — il répond à des enjeux de sécurité, d’ergonomie et de valeur résiduelle.

Trop digital… trop vite ?

Selon Christoph Ruhland (Autovista Group), la tendance récente à réduire voire à supprimer les boutons physiques dans les voitures devenait extrême. Tesla en est l’archétype : son grand écran d’info-divertissement dominait l’habitacle, au point qu’on y retirait même le commodo des clignotants. Une direction qui, selon Ruhland, s’est révélée peu pratique — Tesla a dû revenir sur certains choix.

Le constat ? Beaucoup de conducteurs ont été submergés par la digitalisation : des fonctions basiques (clim, sièges chauffants, ventilation…) ne sont plus accessibles que via des menus tactiles. Ce n’est pas juste une question d’esthétique : pour certains, c’est une perte d’intuitivité.

Le retour des contrôles physiques : un virage stratégique

Plusieurs grands constructeurs font machine arrière. Hyundai, par exemple, a récemment réintroduit des molettes et des boutons physiques dans son Tucson, ainsi qu’un stick haptique pour certaines commandes.

Chez Mercedes-Benz, Magnus Östberg (responsable logiciel) affirme que les boutons offrent une interaction plus « naturelle » que le tout numérique. Pour Volkswagen, l’avenir des tableaux de bord pourrait reposer sur un juste équilibre : « du tactile là où il apporte, des commandes physiques là où cela compte », explique Andreas Mindt, designer chez VW.

Sécurité : Euro NCAP impose le retour des vrais boutons

Un élément majeur de cette inflexion vient des normes de sécurité. Dès janvier 2026, Euro NCAP exige la présence de commandes physiques pour cinq fonctions jugées critiques : clignotants, feux de détresse, klaxon, essuie-glaces et système eCall.

Le raisonnement est clair : dans des situations dynamiques, un interrupteur physique permet une réaction plus intuitive et plus rapide qu’un menu tactile. Christoph Ruhland souligne que les constructeurs visant la note maximale de cinq étoiles devront donc réintroduire des commandes tangibles, avec un appui possible sur la commande vocale quand elle diminue les distractions.

Impact sur la valeur résiduelle des véhicules

Le design du cockpit influence aussi la valeur résiduelle des voitures : l’ergonomie, la facilité d’utilisation et la première impression comptent beaucoup pour les acheteurs sur le marché de l’occasion.

Un véhicule avec des commandes purement numériques peut sembler moins intuitif et rebuter certains acheteurs, ce qui peut peser sur sa valeur. À l’inverse, un bon équilibre entre boutons physiques et interfaces digitales peut être un atout, voire améliorer la perception de qualité de l’intérieur.

Un équilibre à inventer pour le futur

Selon l’expert d’Autovista, la solution réside dans une interface hybride : un cockpit essentiellement digital, mais complété par des commandes physiques là où elles ajoutent vraiment de la valeur — pour des raisons de sécurité, de retour tactile ou de facilité d’usage.

En parallèle, la digitalisation offre des économies importantes aux constructeurs : moins de pièces mécaniques, moins de câblage, des mises à jour OTA (over-the-air) plus faciles à déployer, des rappels réduits…

Enfin, sur un plan plus identitaire, les constructeurs doivent aussi repenser l’intérieur pour éviter une uniformisation : dans certains segments (et chez certaines marques premium), les boutons bien conçus sont perçus comme un élément de prestige, un signe de qualité artisanale.

Conclusion : L’ère du tout numérique dans les tableaux de bord pourrait bien toucher à sa fin. Entre sécurité, ergonomie et valeurs marketing, l’industrie automobile semble se réorienter vers une approche plus équilibrée, mêlant le meilleur des deux mondes. Le futur du cockpit passera probablement par une hybridation intelligente plutôt que par un écran omniprésent.

#Auto

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