Voitures de société : assez de balivernes, place aux faits !

Renta Frank Van Gool

Frank Van Gool est Directeur Général de Renta. Il a récemment écrit ce billet d’humeur que nous publions intégralement.

D’aucuns s’insurgent contre la décision d’ArcelorMittal d’octroyer une voiture de société à chaque collaborateur. Certains leaders d’opinion ont saisi l’opportunité pour s’offusquer, faisant fi de toutes données chiffrées objectives. Il paraît que cela aggraverait encore un peu plus le problème de la congestion routière et de la pollution. La réalité est, étonnamment, très différente…

Les chiffres de Febiac montrent que depuis 2010 le parc de voitures professionnelles croît moins vite que celui des voitures particulières. En 5 ans, nous avons noté une hausse de 5,5 % des voitures particulières contre 4,1 % pour les voitures de société. Donc, la proportion de voitures de société dans le parc belge total décroît. C’est vrai que, en 2015, cette part grimpe à nouveau légèrement sous l’influence de schémas semblables à celui d’ArcelorMittal au sein d’un certain nombre de banques. Le parc automobile n’augmente pas pour autant de manière significative.

On peut donc affirmer sereinement que ce type de transactions représente tout simplement une substitution de voitures particulières existantes.

Embouteillages

Les voitures de société ne représentent donc que 20 % à peine du parc total belge. Une étude de KPMG datant de 2011 montre que le kilométrage moyen parcouru par les actifs avec leur voiture privée (28.858 km) est à peine inférieur à celui effectué par les travailleurs avec leur voiture de société (29.596). Sans oublier que c’est la voiture de société qui servira aux déplacements privés plutôt qu’une autre voiture éventuelle garée devant la porte…

La prétendue ‘surconsommation’ de kilomètres par les voitures de société est en réalité très exagérée…

Un sondage récent réalisé par le magazine FLEET montre en outre que 88 % des utilisateurs de voitures de société feraient le déplacement domicile-lieu de travail avec leur véhicule privé s’ils n’avaient pas de voiture de fonction.Mob

Dans ce pays, le problème de la congestion routière est surtout un problème d’infrastructure et d’aménagement du territoire.

Taxshift

Une suppression ou une modification en profondeur de la fiscalité des voitures de société est davantage une question sociale que fiscale. Si les employeurs devaient convertir les dépenses liées aux voitures de société en coût salarial brut et si, en compensation, une baisse générale des charges était appliquée, cela signifierait un glissement des revenus de ceux qui possèdent aujourd’hui une voiture de société vers ceux qui n’en ont pas. Pourquoi faudrait-il faire cela ? Avec la même argumentation, vous devriez aussi revoir les avantages fiscaux liés par ex. aux chèques repas ou plans pensions, car là aussi il y a des employés qui en bénéficient et d’autres pas.

Les voitures de société sont, malgré tout ce que l’on en dit, sérieusement taxées.

Les voitures de société sont, malgré tout ce que l’on en dit, sérieusement taxées : déductibilité très limitée de la TVA, en partie rejetée comme poste de déduction dans l’impôt des sociétés, taxe sur l’avantage de toute nature pour usage privé, cotisation de solidarité ONSS + d’autres charges comme la taxe routière, la TMC, les accises qui sont aussi bien d’application sur les voitures de société que privées. Ce n’est pas parce que les charges sur le salaire brut sont extrêmement élevées en Belgique que les charges sur les voitures de société sont basses.

EnvironnementDSC_1401-optimized

22 % de la population professionnelle en Flandre et à Bruxelles possèdent une voiture de société. En Wallonie, c’est 15 %. Cela est dû à un taux d’emploi plus élevé dans le secteur privé en Flandre et à Bruxelles.

A peine une voiture sur cinq soit une voiture de société. Malgré cela, dans 30 % des familles belges, au moins un membre possède une voiture de société. Ce ne sont évidemment pas toutes des voitures de luxe mais elles apportent à ces familles, qui appartiennent à la classe moyenne laborieuse, un confort de mobilité abordable grâce à des véhicules assez récents et donc plus propres (émissions).

Les nouvelles voitures de leasing émettent en moyenne 10 % de CO2 de moins que les nouvelles voitures privées. Le parc des voitures de société est, en moyenne, deux fois plus jeune que la flotte de voitures privées.

Economie

Une voiture de société booste aussi l’économie car elle fait partie de la rémunération qui va de pair avec une consommation garantie : une nouvelle voiture est en effet achetée, alors que si vous laissez le choix à l’employé, celui-ci optera peut-être pour une occasion ET roulera plus longtemps avec son véhicule (qui, de surcroît, pollue davantage).

Les voitures de société représentent 50 % des ventes de véhicules neufs en Belgique (les particuliers achètent aussi des occasions, ce qui explique que les voitures de société ne représentent que 20 % du parc roulant de voitures mais 50 % des ventes de voitures neuves).

Le secteur automobile sait mieux que quiconque que les recettes de mobilité d’aujourd’hui ne seront sans doute pas celles de demain. Nous accueillons des concepts tels que la multimodalité et le budget mobilité. Pour un certain nombre de travailleurs, par exemple ceux qui habitent et/ou travaillent dans un environnement urbain, ceci peut présenter des avantages.ArcelorMittal

Et quid d’ArcelorMittal ?

La production d’acier s’effectue dans un centre-ville et généralement par des gens qui travaillent par équipes, avec un besoin de déplacement à des moments où le transport public ou le vélo sont moins indiqués ou simplement impossibles.

Qui peut alors avoir quelque chose à dire au fait que ceci se fasse avec les véhicules les plus neufs, les plus sûrs, les plus économiques et les plus écologiques ?

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