Conduite et conducteur électriques… sous tension

Je suis un grand fan de la conduite électrique. Cette adoration n’est pas tant liée à l’aspect écologique. Rapides et silencieuses, les voitures électriques donnent une nouvelle dimension à la conduite automobile. Or, une expérience récente m’a confronté aux limites de ce moyen de transport. Récit d’une journée « électrique » qui ne s’est pas déroulée sans accroc.

Que les choses soient claires : je ne reproche rien à la protagoniste – une BMW i3 – de l’histoire. C’est une voiture électrique agréable et relativement rapide, ainsi qu’une compagne de route charmante tant en termes de confort que de tenue de route. De plus, elle se fait remarquer par son look original, ce qui constitue un plus dans un discours écologique. Mais il y a un « mais » lié à l’angoisse de l’autonomie tant redoutée. La fiche technique de l’i3 nous annonce qu’elle est capable de parcourir 200 kilomètres sur batteries et que le prolongateur d’autonomie (un petit moteur à essence) permet d’y ajouter plus de 100 kilomètres. Je préfère toutefois apprendre à nager sans bouée, parce que mon objectif ultime est de savoir quelle distance je peux parcourir de manière purement électrique.

Règle n°1 : une rallonge n’est pas une prise

Première constatation : en rentrant à la maison le premier jour au volant de l’i3, l’heure est au chargement. Il y a une prise à l’extérieur dans le jardin, certes, mais je dois utiliser une rallonge pour l’atteindre. Cela fonctionne un moment, mais très rapidement, les lumières de l’unité de commande s’éteignent. J’aurais dû m’en douter : le chargement via une rallonge est dangereux, voire stupide. Le cordon doit être au moins aussi épais que celui du câble de recharge, sinon un risque de surchauffe et d’incendie se pose. Je gare donc l’i3 le plus près possible d’une fenêtre pour la brancher sur une prise à l’intérieur de la maison. Ce n’est pas l’idéal, d’autant plus que la fenêtre restera ouverte toute la nuit.

Comment ça, « carte refusée » ?

Mais bon, je ne suis pas déçu : le lendemain matin, l’i3 m’indique une autonomie de 184 kilomètres en mode confort. D’une allure décidée, je me rends à mon premier rendez-vous au cœur de Bruxelles. Par précaution, j’avais appelé le parking la veille pour me renseigner sur la présence d’une borne de recharge. Oui, oui : une borne de recharge. Les choses s’annoncent bien. Mais lorsque j’arrive sur place (avec un léger retard), la recherche de la borne de recharge se révèle rapidement vaine. Le compteur affiche quant à lui une autonomie de 90 kilomètres (pour 50 kilomètres parcourus), ce qui est à la fois logique et décevant. En effet, j’ai roulé tout le long en mode confort, c’est-à-dire le mode de conduite qui consomme le plus. Après mon rendez-vous à Bruxelles, je prends la direction du bureau à Zellik. Il est à présent 15 heures et je devrai reprendre la route à 18 heures pour le club du KV Mechelen qui accueille le FLEETLounge. Une charge complète sur une prise standard ne sera clairement pas possible. Je me dirige donc vers le bâtiment d’Engie à la Gare du Nord, où je pourrai trouver un chargeur rapide et recharger mes batteries en une demi-heure. En théorie du moins, car la borne de recharge refuse la carte de chargement de BMW. Qui dit autre opérateur de réseau, dit autre carte de chargement… Pour couronner le tout, la prise reste coincée dans l’i3, probablement parce que j’ai entamé le processus de chargement et que je dois procéder au paiement. Après cinq minutes d’imprécation et de malédiction, j’appuie sur le bouton d’urgence et la prise se libère.Je rentre donc bredouille au bureau à 15h30. Autonomie : 80 kilomètres. Entre Malines (où je dois être à 18 heures) et mon domicile dans la région de Gand, il y a 84 kilomètres en principe. Lorsque je quitte Zellik, l’autonomie s’est vu augmenter de 10 pauvres kilomètres. La seule chose que je puisse faire, c’est d’espérer trouver une prise de contact à Malines. Mieux vaut prévenir que guérir : j’enclenche donc la fonction EcoPro Plus. Le chauffage n’est pas disponible sur ce mode de conduite et la vitesse maximale est limitée à 90 km/h. Il fait plutôt frais, mais l’autonomie grimpe de manière spectaculaire à 20 kilomètres.

Si vous avez plusieurs rendez-vous sur une journée et que vous n’êtes pas en mesure de recharger votre véhicule à chaque étape, vous allez être sous tension.

Fast-food ou slow-food ?

Les stades de football ne sont clairement pas remplis de fans qui roulent en voiture électrique, car on n’a jamais entendu parler de borne de chargement au KV Mechelen. Heureusement, je tombe sur un vigile serviable qui me branche sur une rallonge d’un stand de hamburgers. Il s’agit d’un câble épais à haute tension, je suppose donc que mon i3 ne va pas mettre le feu au stade du KV Mechelen. Mon intermède au fast-food ne m’apporte pas un réel sentiment de soulagement : quelques heures plus tard, l’autonomie en mode confort affiche 70 kilomètres. Par excès de prudence, je rentre à Gand en mode EcoPro Plus. À hauteur de Saint-Nicolas, ça commence à me courir sur le haricot de rouler à 90 km/h dans un frigo et je passe alors en mode EcoPro. La voiture reste économique, mais je récupère le chauffage. Cette expérience m’aura tenue en haleine jusqu’au bout. De retour à la maison après une journée électrique « instructive », le compteur affiche une autonomie de 7 kilomètres.

Morale de l’histoire

Bien que les voitures électriques soient agréables à conduire, elles ne conviennent pas à tous les types de déplacement dans la pratique. Si vous avez plusieurs rendez-vous sur une journée et que vous n’êtes pas en mesure de recharger votre véhicule à chaque étape, vous allez être sous tension. Indépendamment de l’insuffisance des bornes de chargement, l’incident au bâtiment d’Engie me reste coincé en travers de la gorge. Comment peut-on promouvoir la conduite électrique si on ne peut pas compter sur une infrastructure de recharge uniforme ? Enfin, il serait opportun de pouvoir faire le plein dans toutes les stations-services avec une carte bancaire. Cela devrait être aussi évident pour une voiture électrique, sinon sa courbe de croissance difficile va encore stagner pendant plusieurs années.

Si vous avez plusieurs rendez-vous sur une journée et que vous n’êtes pas en mesure de recharger votre véhicule à chaque étape, vous allez être sous tension.