Distributeurs belges : le début des liquidations ?

En Belgique, le paysage des concessionnaires et distributeurs a connu de profondes mutations ces dernières années. De plus en plus de grands groupes contrôlent ce secteur et les reprises, aussi par des groupes étrangers, sont devenues monnaie courante. Assiste-t-on au début des grandes liquidations ? Nous avons posé la question à deux acteurs majeurs du marché. René Denayer (Fidenco) et Eric Berkhof (Van Mossel Groep) ont répondu présents pour une passionnante interview croisée !

Dix ans de retard dans la distribution ?

Fidenco est l’un des derniers grands groupes de distribution traditionnels en Belgique. Quel regard posez-vous sur cette croissance d’échelle et le phénomène de reprises par des groupes étrangers ?

René Denayer : « La Belgique a au moins 10 ans de retard sur ses voisins dans le domaine de la distribution, surtout par rapport aux Pays-Bas. Là, la croissance d’échelle est une réalité depuis bien plus longtemps. En Belgique, nous sommes restés beaucoup trop longtemps accrochés à une politique de clocher avec des concessions quasiment dans chaque village. Ce n’est que ces dernières années que la situation a évolué chez nous. Et aujourd’hui, ces reprises – surtout par des groupes étrangers – se succèdent à un rythme très soutenu. »

René Denayer

Eric Berkhof partage partiellement cette opinion : « Au niveau du rendement, le secteur de la distribution en Belgique fait mieux qu’aux Pays-Bas. Mais si l’on adopte une vision axée sur l’avenir et la manière de la concrétiser, la Belgique possède alors un retard à combler. En Belgique, il existe de nombreuses variantes aux concessions classiques : des agents, des revendeurs, etc. C’est encore possible de fonctionner sur cette base car vous possédez un marché de l’automobile important avec chaque année 530 000 voitures neuves vendues pour 11 millions d’habitants. Aux Pays-Bas, ce chiffre est de 420 000 voitures pour 17 millions d’habitants. Mais il y a quand même un problème, qui trouve son origine dans les différents régimes fiscaux. À terme, cette fragmentation du marché belge ne peut pas perdurer et il va quand même falloir s’aligner sur le principe de la croissance d’échelle que nous voyons dans tous les autres grands pays européens. »

Flat market, mais…

René Denayer reconnaît que la Belgique possède un grand marché, mais il tient à apporter certaines précisions : « C’est ce que nous appelons un flat market, qui est stable au fil des ans. Par le jeu des immatriculations et désimmatriculations, ces chiffres doivent cependant être relativisés. Je crains que nous assistions à partir du 1er janvier à une baisse de ces chiffres, pour différentes raisons. Le Brexit aura des répercussions sur toute l’économie. Le Dieselgate va aussi continuer à provoquer un doute chez le consommateur. Le marché chinois a connu ces deux dernières années une énorme contraction, ce qui menace le rendement du secteur automobile mondial. Sans oublier évidemment le WLTP et cette nouvelle limite de 95 grammes de CO2 pour les émissions. Les constructeurs vont arrêter de produire certains modèles car ce ne sera pas intéressant sur le plan financier. »

Eric Berkhof rejoint son collègue sur les facteurs macro-économiques. Selon lui, ce sont surtout les petites marques qui vont souffrir : « Si votre gamme n’est pas adaptée au cycle WLTP, vous aurez un problème. Au sein de Van Mossel Groep, nous avons 23 marques. Si certaines éprouvent quelques difficultés, nous pouvons toujours compenser avec les autres. À cet égard, la taille de l’entreprise peut commencer à jouer un rôle important dans le contexte actuel. Cette angoisse, on la ressent sur le marché. C’est pour cette raison qu’aux Pays-Bas, quasiment tout est à vendre. En Belgique, cette tendance ne se manifeste pas encore de manière aussi nette car le rendement est meilleur. Mais cela ne va pas durer. L’avenir est à la croissance d’échelle. Elle offre aussi une base pour obtenir un meilleur rendement et réaliser des économies. »

René Denayer : « Le secteur de la distribution est un peu dans la situation d’un hamburger avec, au-dessus, le constructeur ou l’importateur qui exige sans cesse des investissements de la part des concessionnaires. Si vous ne le faites pas, vous voyez votre marge de 1 pour cent, déjà très faible, encore se réduire. Et en-dessous, vous avez le consommateur, qui n’a jamais eu autant de choix – on trouve aujourd’hui pas moins de 34 marques sur le marché, mais qui ne sait finalement plus pour quelle motorisation il doit opter. Ce n’est pas une situation facile pour les grands groupes comme le nôtre, mais pour les petites concessions, c’est encore bien plus compliqué. »

Eric Berkhof

Reprises : le comment et le pourquoi

Van Mossel Groep est occupé à procéder à des reprises en Belgique. Mais quelle est la motivation des vendeurs ? Et doivent-ils se dépêcher ? D’autre candidats attendent, comme notamment le groupe suédois Hedin, qui a racheté différentes concessions Mercedes, ou encore le groupe français Car Avenue.

Eric Berkhof : « Ces 10 dernières années, nous avons racheté toutes les entreprises qui ne tournaient pas bien aux Pays-Bas. Celles qui étaient en faillite ou ne trouvaient pas de successeur. Nous avons assaini ces entreprises jusqu’à ce qu’elles redeviennent rentables. En Belgique, notre approche est différente car nous rachetons des entreprises saines. Mais il y a une constante : l’absence de repreneur. Et la majorité mettent alors de l’eau dans leur vin. Faut-il être rapide ? Pas vraiment car je pense que nous sommes toujours les plus généreux et nous avons toujours une longueur d’avance (rires). Mais plus sérieusement, les importateurs savent très bien avec qui ils veulent travailler. »

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