Erwin Coesens (Autorola) : « La fin du diesel ? Ce n’est pas pour demain ! »

Il a créé DirectLease. Et depuis deux ans, il est Country Manager d’Autorola. Erwin Coesens aime les défis et la compétition. Et comme vous pourrez le découvrir dans cette interview, il a déjà affronté quelques eaux tumultueuses. Au propre comme au figuré.

Vous avez déjà derrière vous une belle carrière dans le secteur automobile. Comment avez-vous entamé votre parcours professionnel ?

Mon premier emploi, c’était dans le secteur bancaire : l’ancienne Banque Bruxelles Lambert, qui est devenue ING Bank. J’y ai occupé plusieurs fonctions commerciales, managériales et de marketing, avant de rejoindre MyBank, la division de la banque dédiée aux grandes fortunes. C’est là que j’ai fait la connaissance d’Alain Vervaet, l’ancien directeur de Locabel. Ils étaient à la recherche de quelqu’un capable d’établir le lien entre la banque et le secteur du leasing, considéré comme une concurrence pour les produits de crédit traditionnels. En 2004, j’ai été contacté par un chasseur de têtes qui cherchait quelqu’un qui pourrait lancer un nouveau concept en Belgique. Et ce concept, c’était DirectLease.

Comment se passèrent ces premières années chez DirectLease ?

Il fallait partir de rien. Nous faisions alors encore partie du groupe Kroymans et nous avons lancé l’activité dans les bureaux de notre filiale J&T Autolease. C’était assez basique : deux tables, deux PC et un téléphone. C’est ainsi qu’a démarré DirectLease. Nous étions vraiment des pionniers (rires). Avec mon équipe, durant les neuf ans passés à la tête de DirectLease en Belgique, nous avons fait de DirectLease une société plus que prospère. Lorsque j’ai quitté l’entreprise voici quatre ans, la flotte comptait quelque 2 400 véhicules. J’ai ensuite encore travaillé brièvement pour un concessionnaire, Rietje, avant de relever un nouveau défi avec Autorola. Cette entreprise, je la connaissais évidemment de ma période passée chez DirectLease et j’avais déjà rencontré le CEO, Peter Grøftehauge. Avec lui, le courant est directement passé. C’est un homme qui possède une vraie vision et qui est passionné par son entreprise.

Revenons-en à vos années chez DirectLease. Dans quelle mesure un acteur direct est-il différent des sociétés de leasing « classiques » ?

Il est faux de croire que les opérations en ligne ne permettent pas d’offrir autant de services. Mais les gens veulent savoir qui se trouve derrière cette société active sur Internet. Si vous parvenez à trouver la bonne correspondance avec, dès le départ, un contact face à face, il y a finalement peu de différences avec les autres sociétés de leasing. Nous avons d’ailleurs remarqué que, pour de nombreux clients, il ne s’agissait pas d’une condition sine qua non. Le leasing automobile est devenu une commodité. Le produit est bien connu de tous. Et si le site web est suffisamment transparent avec toutes les fonctions pratiques, tout peut être parfaitement configuré. On en a la preuve aujourd’hui avec le leasing pour particulier. Le client sait quelle voiture il veut et quels services sont compris dans l’offre. En quelques clics, le contrat est conclu et la voiture peut être délivrée. Je pense d’ailleurs que cette tendance des opérations en ligne ne va faire que se renforcer. L’une de mes devises à l’époque était ‘reaction within the hour’. Et nous mettions ce principe en pratique. Certains clients étaient ainsi étonnés de recevoir un appel de notre part dans l’heure suivant l’envoi d’un message.

Chez Autorola, vous êtes, comme le reste du secteur automobile, confrontés aux nouvelles tendances : la dédiésélisation et la transition vers l’essence, l’émergence de l’hybride et des véhicules électriques, et aussi évidemment le WLTP. Vos activités aujourd’hui sont-elles influencées par ces tendances ?

Autorola est divisé en trois business units : le Marketplace (qui regroupe tout ce qui concerne la plateforme de courtage), Solutions (solutions logicielles qui favorisent la simplification des processus pour le client) et Market Intelligence, que nous commercialisons via Indicata. Cette dernière activité nous confère une montagne de données que nous avons converties en un entrepôt de données. Cela nous permet d’identifier très rapidement des tendances intéressantes pour nos clients, pour les constructeurs, pour les sociétés de leasing, etc. C’est le cas aussi de ces tendances que vous avez citées. Nous constatons déjà une certaine rupture de tendance entre le diesel et l’essence dans certains segments. La tarification des diesels baisse légèrement. Pour les modèles à essence, on constate exactement l’inverse. Mais en étant implantés dans 19 pays, nous pouvons également voir qu’il existe encore des différences selon les pays pour un même modèle. Nous savons aussi dans quels pays il est intéressant d’acheter ou de vendre certains véhicules. Avec un marché comme la Belgique, qui est axé à 75 % sur l’exportation, il est naturellement important de savoir où l’on peut le mieux vendre ses voitures. Nous constatons un accroissement de la demande pour les véhicules d’occasion à moteur essence. Mais le flux sortant des voitures de leasing depuis la Belgique est toujours constitué à 98 % de diesels. Et avec des contrats de leasing portant sur 36 ou 48 mois, ce grand basculement de tendance n’est pas encore pour demain. Les sociétés de leasing tentent bien de louer les avantages de l’essence auprès de leurs clients, mais le « user-chooser » qui regarde les valeurs de CO2 et l’ATN reste encore fidèle au diesel. La norme WLTP va faire augmenter les valeurs de CO2 pour quasiment tous les véhicules dotés d’un moteur à combustion interne. Mais il est difficile de savoir aujourd’hui quel sera vraiment l’impact de cette mesure.

Revenons à l’électrique. N’est-il pas difficile de commercialiser un produit encore en pleine évolution ? Si, demain, une avancée majeure survenait au niveau des batteries, vous devrez pouvoir revendre dans quelques années des véhicules dotés d’une technologie dépassée…

Les volumes sont actuellement tellement faibles que le problème ne se pose pas. De la part du monde politique, on entend des déclarations très ambitieuses concernant l’électrification. Mais dans la pratique, on ne voit rien venir. Et c’est toujours pour les mêmes raisons : le coût élevé à l’achat, l’angoisse de l’autonomie et des infrastructures de rechargement qui sont insuffisantes, surtout par rapport aux pays voisins. Dans cette volonté de promouvoir l’électrique, on n’a peut-être pas pris en compte tous les paramètres. Par exemple le coût du recyclage des batteries. Qui va payer ? Il se pourrait bien que l’on revive le scénario des panneaux solaires avec une facturée salée à la clé.

Quels sont pour Autorola les principaux défis des années à venir ?

Le secteur du remarketing a changé. Auparavant, on avait des sociétés de courtage en ligne. Aujourd’hui, les diverses parties veulent revendre elles-mêmes leurs voitures, en parallèle ou de manière synchronisée avec un partenaire tel que notre société. C’est pour cette raison qu’Autorola possède des plates-formes synchronisées. La question, c’est de savoir quelle est la philosophie du client. Il faut réfléchir avec lui et en fonction de cela proposer une solution. Une deuxième tendance majeure est le facteur global. Quand on se retrouve autour d’une table avec un partenaire, qu’il s’agisse d’une société de leasing ou d’un constructeur automobile, il souhaite de plus en plus une collaboration sur un plan international. Comme nous sommes présents dans 19 pays et sur plusieurs continents, nous pouvons satisfaire à cette exigence. Il existe aussi des interactions entre les implantations des différents pays, ce qui constitue un atout car on apprend toujours de ce qui se passe ailleurs. Et on pourra peut-être mettre cela en application dans son propre pays. Nous avons l’esprit ouvert et examinons toujours les nouvelles opportunités dans les autres pays. C’est la force d’Autorola. Le troisième défi, ou la troisième tendance, c’est l’aspect market intelligence : identifier très tôt les tendances et pouvoir réagir en fonction.

Dans votre carrière, certaines personnes vous ont-elles marqué plus que d’autres ?

À la BBL et plus tard chez ING, deux personnes m’ont donné l’autonomie nécessaire pour entreprendre. Et j’ai continué sur cette voie dans mes autres fonctions. Je suis vraiment quelqu’un qui aime relever des défis. Si vous examinez mon CV, vous verrez que j’ai lancé beaucoup de projets. C’est une chose dont j’ai besoin dans mon travail. Je dois disposer d’une certaine liberté afin de pouvoir définir ma propre trajectoire. Dans le secteur automobile, j’ai un respect particulier pour Erik Berkhof, du Van Mossel Groep. Quand on regarde d’où il vient, cet esprit d’entreprise, cette volonté d’aller de l’avant, c’est un véritable entrepreneur. Quand j’étais chez DirectLease, je pouvais l’appeler quand je voulais. Même le week-end ou en soirée. C’est le cas aussi de mon actuel patron, Peter Grøftehauge, qui est extrêmement passionné par ce qu’il fait. Évidemment, cela implique qu’il peut parfois être dur. Mais comme je dis à mes collaborateurs : pouvez-vous lui en faire le reproche ? Si vous étiez à la tête d’une grande entreprise comme lui, vous feriez la même chose à sa place. Vous voulez faire des affaires et vous voulez aller de l’avant. Et ça, je le respecte totalement.

Êtes-vous passionné par les voitures ?

Ça semble évident quand on voit la voiture que j’ai amenée pour la séance photo (rires). Auparavant, ma plus grande passion était la moto. Surtout les sportives. Il n’existe aucune voiture de sport au monde qui offre les mêmes sensations qu’une moto. La dernière moto que j’ai possédée était une Ducati 998, une réplique de la version Superbike. J’ai dû la revendre à contrecœur. Je ne roulais plus et, surtout, je voulais éviter que mon épouse s’inquiète à chaque fois que je partais faire une balade (rires). J’ai donc recherché un autre véhicule. Un cabriolet, car on est à l’air libre comme sur une moto. Le premier fut une Honda S2000, une voiture fantastique. Et aujourd’hui, j’ai cette Porsche Boxster. Une voiture parfaite pour les escapades le week-end. Mais nous partons également en vacances d’été avec cette voiture. Et quand l’envie est là, elle est aussi suffisamment puissante pour s’amuser sur circuit.

Faites-vous aussi du sport ?

Je suis un compétiteur-né. Quand j’étais plus jeune, j’ai fait de la natation en compétition durant des années. J’ai été plusieurs fois Champion de Belgique. J’ai fait partie de l’équipe nationale de natation et j’ai disputé des compétitions internationales. J’ai toujours couru aussi et je continue encore d’ailleurs. Deux fois par semaine, je fais 12 kilomètres. Et je fais aussi du cross-fit chaque semaine. Mens sana in corpore sano. C’est vraiment ma philosophie de vie.

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