Lettre ouverte d’un patron aux gouvernements : « Les zonings industriels belges : une aubaine pour l’automobile écologique »

Paul de Gheldere, CEO de NETikA et FLEET Mobility Manager of the Year 2018, s’est fendu d’un courrier à différents ministres pour expliquer en quoi les toitures des entreprises situées dans les zonings industriels pouvaient contribuer à l’électrification massive des parcs automobiles des entreprises.

« Monsieur le Ministre,

Paul de Gheldere, CEO de NETiKA

J’aimerais partager l’idée qui suit avec vous.

Lorsque les voitures commencèrent à devenir écologiques en matière de CO2, le gouvernement qualifia un grand nombre d’entre-elles de « fausses plug-in hybrides », en déterminant que l’énergie des batteries n’avait pas le ratio XY par rapport au poids de la voiture. C’était sensé toucher les conducteurs de voitures haut de gamme qui ne rechargeaient pas leur plug-in hybride, mais cela impacta finalement toute une catégorie de petites et moyennes voitures écologiques. Cela m’avait motivé à vous écrire en octobre 2017, afin de vous proposer une solution, en vain.

Chez NETiKA, nos 35 BMW 225xe furent visées. Pourtant, après deux ans d’utilisation, les chiffres démontrent  que nos voitures ont effectué chaque jour une moyenne (Hiver/été) de 26 km réels en tout électrique, et 28% des km furent alimentés par l’énergie solaire.
En résumé, cela revient à dire que nous avons émis 28% de CO2 en moins qu’une autre flotte de même taille …

On peut faire beaucoup mieux, et facilement, si l’on mise sur les entreprises …

En préambule, je rappelle que :

  • une voiture électrique est un vrai plus pour l’air respiré par nos enfants résidant en agglomérations ;
  • il serait idéal que cette électricité provienne d’une source renouvelable, et le photovoltaïque a fait ses preuves ;
  • la production photovoltaïque au domicile privé ne permet pas de recharger sa voiture lors du retour au domicile (puisque les panneaux ne produisent plus d’électricité en soirée) ;
  • les recharges nocturnes aggravent le pic de consommation électrique en soirée, contre lequel les producteurs d’électricité nous mettent en garde ;
  • on ne le dit pas assez, mais nos « vieux » réseaux électriques (câblage dans les communes) ne peuvent répondre à la croissante demande privée pour recharger les voitures électriques. Bon nombre de nouveaux acquéreurs vont se retrouver dans l’incapacité de charger à la maison ;
  • l’abandon du chauffage au fuel encourage le passage aux pompes à chaleur. Ceci ne fait qu’aggraver le problème de l’incapacité à répondre à la demande imminente, surtout en soirée.

Chez NETiKA, nous avons investi dans une installation photovoltaïque de 440 panneaux (+/- 120.000 €), couvrant l’entièreté des nos 1.500 m2 de toiture, offrant une puissance de +/- 120 kW crête, qui est suffisante pour alimenter nos 40 voitures PHEV+EV et une partie de l’activité durant 9 mois de l’année. Comme cela représente une économie de 13.000 € d’électricité par an, l’installation s’amortira en maximum 9 ans, alors que les panneaux ont une durée de vie de 25 ans.

Fort de ce constat, je me suis alors demandé pourquoi nous restions un cas isolé.

Comme la complémentarité  des « voitures rechargeables + panneaux solaires » est démontrée, pourquoi ne pas la généraliser ?

Pour valider l’idée d’un large déploiement, nous avons effectué l’exercice d’une simulation à plus grande échelle : sur la ville de Wavre.

Dans les 3 zones industrielles, nous avons recensé 271 bâtiments offrant un total de 562.000 m2 de toitures +/- plates (= 56 Hectares !!).

Nos sommes alors partis des hypothèses suivantes :

  • Si l’on couvrait deux bâtiments sur trois (66%) … ;
  • en utilisant 80% de la surface de chaque toiture ;
  • en utilisant seulement 75% de l’électricité produite pour les recharges ;
  • en chargeant seulement 5 jours sur 7.

Le calcul démontre que nous pourrions offrir une recharge moyenne de 100 km à 3.785 voitures électriques à Wavre. Ceci couvre plus que les besoins journaliers, puisque la moyenne de roulage se situe autour de 60 km/jour/personne.

On n’y pense pas assez, mais la recharge sur le lieu de travail est idéale, puisque:

  • 90% du personnel y est sédentaire ;
  • les voitures sont inertes 8 heures d’affilée sur un parking ;
  • cela correspond au moment où la luminosité est la plus forte ;
  • ces toitures sont inexploitées ;
  • elles sont souvent plates et sans ombre ;
  • permettant de placer les panneaux selon la meilleure orientation possible ;
  • sans aucune nuisance (pas même visuelle)…

Les entreprises installées dans les Zonings sont donc du « pain béni » pour doper la production photovoltaïque belge, et réduire les pics de consommation électriques en soirée

Concrètement, voici comment ceci peut être géré facilement, par exemple avec NEOFLEET :

chaque membre du personnel gare sa voiture auprès d’une des nombreuses bornes non intelligentes/bon marché (ex. : Powerdale Nexxtender Cluster). Il renseigne son besoin énergétique et son heure de départ sur son smartphone (ou sur une tablette à la réception). Le système planifie alors sa recharge en tenant compte du besoin énergétique de l’activité professionnelle, de la puissance disponible au compteur, et des prévisions d’énergie solaire. Il fait en sorte que chacun reçoive sa recharge.

Si aucune borne n’est disponible, sa demande est tout de même prise en compte, et la rotation des conducteurs auprès des bornes est organisée, et communiquée à chaque intéressé.

NEOFLEET va aussi recevoir automatiquement les informations des recharges effectuées au privé, et les rembourser aux conducteurs (sans aucune lourdeur administrative).

Le système suit aussi les consommations de carburants fossiles (de toutes voitures, tous carburants confondus). Ceci permet de connaître le vrai coût opérationnel des voitures, et d’encourager l’employé à respecter des consignes d’éco-conduite (intégrées dans des exemples de car policy).

La Belgique peut devenir un exemple à l’échelle européenne si l’on encourage les sociétés à se doter d’une installation photovoltaïque + bornes de recharge, et à équiper leurs employés de voitures rechargeables (plug-in hybrides ou électriques).

Il faut aussi rappeler que ces sociétés sont le moteur de notre PIB, et que l’éco-mobilité encouragée en ville n’y est pas adaptable. Les simples « transports publics » y sont défaillants, forçant les employés à s’y rendre en voiture. Dès lors, si l’on veut éviter qu’ils rechargent leurs nouvelles voitures électriques en soirée à la maison, la solution est toute trouvée …

En conclusion, à l’heure où l’on montre de plus en plus les voitures de société du doigt, je désirais attirer l’attention sur le cadeau écologique que représentent les milliers d’hectares de toitures de nos zonings, pour alimenter des centaines de milliers de voitures moins polluantes.

N’y aurait-il pas lieu de les y motiver ?

La prochaine étape sera ensuite que la voiture ainsi chargée sur le lieu de travail sera utilisée comme une “batterie mobile” capable d’absorber les surplus de production solaire, permettant d’alimenter les besoins du ménage en soirée (Vehicule to Grid). Ceci réduira le problème des pics de consommation privée, qui est la hantise liée à l’arrivée des voitures électriques (qui nous seront proposées massivement dès 2020…).   CQFD …

On peut imaginer facilement que cela n’arrangera pas les sociétés intercommunales de distribution d’électricité, mais comme le rappelaient récemment les jeunes dans nos rues, il faut choisir entre Ecologie et Intérêts financiers de certains …

GERER c’est ANTICIPER … la forte croissance de la demande électrique. »

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